Roland Castro (1940-2023) | Architecte politique | Co-fondateur de Banlieues 89
Dans cet entretien vidéo accordé à Michel Didier en 2020, Roland Castro raconte sa rencontre avec le président François Mitterrand en 1983, qui débouchera sur la mission Banlieues 89 (1983-1991), moment significatif de l’histoire de la politique de la ville. Il rappelle l’inventivité de ce mouvement qui réunira, plusieurs années durant, concepteurs et maires de banlieue. Architecte politique, il pointe cependant les limites de l’intervention urbaine tout en saluant « le miracle Borloo » et le Programme national de rénovation urbaine de 2004. En conclusion, il s’interroge sur la difficile conciliation du temps démocratique et du temps de la ville. Et plaide pour le droit à la beauté pour tous.

Cette vidéo est l'extrait d'un témoignage collecté dans le cadre d'une campagne d'archives orales initiée en 2016 par l'ANCT et CANOPE, sous la direction éditoriale de Michel Didier. Pour obtenir la vidéo source, merci de remplir le formulaire suivant : https://forms.gle/g4cgK8UJD4TjkXJh7
DESCRIPTION
Dans cet entretien vidéo accordé à Michel Didier en 2020, Roland Castro raconte sa rencontre avec le président François Mitterrand en 1983, qui débouchera sur la mission Banlieues 89 (1983-1991), moment significatif de l’histoire de la politique de la ville. Il rappelle l’inventivité de ce mouvement qui réunira, plusieurs années durant, concepteurs et maires de banlieue. Architecte politique, il pointe cependant les limites de l’intervention urbaine tout en saluant « le miracle Borloo » et le Programme national de rénovation urbaine de 2004. En conclusion, il s’interroge sur la difficile conciliation du temps démocratique et du temps de la ville. Et plaide pour le droit à la beauté pour tous.
QUI EST ROLAND CASTRO (1940-2023) ?
Né le 16 octobre 1940 à Limoges, où ses parents d’origine juive se sont réfugiés après l’invasion allemande et l’exode, Roland Castro entre aux Beaux-Arts (section architecture) en 1958. Parallèlement il s’engage politiquement contre la guerre d’Algérie, d’abord au PSU, puis à l’Union des étudiants communistes (UEC). Avec Antoine Grumbach, Christian de Portzamparc et Jacques Barda, il anime la grève des Beaux-Arts de 1966, qui s’oppose radicalement à l’enseignement d’une architecture coupée des réalités sociales. Après mai 68, il crée une petite organisation maoïste, Vive la Révolution (VLR), et lance le journal « Tout ! Ce que nous voulons : tout ! » qui trouvera une certaine audience. Après l’auto-dissolution de VLR en 1971, il entame une psychanalyse avec Jacques Lacan et renoue avec le désir d’être architecte. Il devient enseignant en école d’architecture, au sein de la mythique UP6 (devenue ENSA Paris La Villette). Comme architecte, une de ses premières réalisations, conçue avec Antoine Stinco, sera la Bourse du travail de Saint-Denis. En 1985, avec Jean Remond, il remporte le concours pour le Centre national de la bande dessinée et de l'image à Angoulême. Dès la fin des années 1970 et déjà en collaboration avec Michel Cantal-Dupart, il travaille sur le devenir des cités de banlieue. Après l’élection comme président de la République de François Mitterrand en mai 1981, il réussit à le convaincre de leur confier une mission pour lancer un appel à projets pour transformer et embellir les banlieues mais aussi pour concevoir des esquisses d’un Grand Paris. Ce sera la mission « Banlieues 89 », qui connaitra sa période la plus intense entre 1983 et 1986. Nommé Délégué à la rénovation des banlieues en 1986, il démissionne de cette fonction en 1992, lors de la nomination de Bernard Tapie comme ministre de la Ville, A partir des années 1990, il s’attache avec son associée, Sophie Denissof, à des interventions de « remodelage urbain » de plusieurs grands ensembles issus du Mouvement moderne, comme la Caravelle à Villeneuve-la-Garenne ou le quai Rohan à Lorient. Avec son agence, il sera ensuite impliqué dans des opérations de grande ampleur du Programme national de rénovation urbaine comme la transformation du quartier du Chemin Vert à Boulogne-sur-Mer. Dans le droit fil des réflexions pionnières menées par Banlieues 89, Roland Castro sera aussi un des protagonistes de la Consultation internationale du Grand Pari(s) de l’agglomération parisienne lancée par le président Sarkozy en 2008. Et il poursuivra cette réflexion jusqu’au rapport remis en 2018 au président Macron « Du Grand Paris à Paris en grand ». En parallèle à sa carrière d’architecte, il continuera à prendre différentes initiatives politiques, en particulier la création en 2004 du Mouvement de l’utopie concrète (MUC) et sa tentative de candidature à l’élection présidentielle de 2007. Ainsi tout au long de sa vie, Roland Castro aura été, dans tous les sens, un architecte politique. (AL)